Le Táin Way : randonner sur les traces de la légende irlandaise
Il existe, au-dessus de Carlingford, une colline où l'on se tient un pied dans le mythe et l'autre dans le XXIe siècle. En contrebas, les ruelles médiévales et les parcs à huîtres. De l'autre côté du lough, les Mourne Mountains. Et tout autour de vous, la terre où — si l'on en croit le plus ancien récit de la littérature irlandaise — l'armée d'une reine vint enlever un taureau, et où un garçon de dix-sept ans la retint seul. Le Táin Way est une boucle balisée de 40 kilomètres tracée sur ce sol même : l'une des plus belles randonnées d'Irlande, et l'une des moins fréquentées.
Cet article fait partie de notre guide complet des National Waymarked Ways d'Irlande — une série qui parcourt, sentier après sentier, tous les grands itinéraires du pays.
Une précision s'impose : Walking Holiday Ireland est installé à Dundalk, à quinze minutes du départ. C'est notre montagne. Nous avons parcouru le Táin Way sous une pluie horizontale et dans cette lumière claire de juin où l'on distingue le pays de Galles à l'horizon — et nous continuons de penser qu'il est scandaleusement peu fréquenté.
Qu'est-ce que le Táin Way ?
Le Táin Way (An Táin Bhealach) est une boucle balisée de 40 km autour de la péninsule de Cooley, dans le comté de Louth, classée National Waymarked Way. Elle part et revient à Carlingford, totalise environ 1 025 mètres de dénivelé positif et se voit attribuer la cotation « Moderate ». La plupart des randonneurs bouclent le circuit en deux jours ; accordez-lui-en trois et vous pourrez réellement en profiter.
L'itinéraire a été conçu par J. B. Malone — celui-là même qui traça le Wicklow Way — et inauguré en août 1986. Cette filiation se voit. Malone avait l'art d'enchaîner pistes forestières, montagne ouverte et petites routes tranquilles de sorte que la marche ne devienne jamais monotone ; le Táin Way est l'une de ses œuvres les plus compactes et les plus variées.
Ce qui le distingue des sentiers irlandais les plus connus, c'est l'échelle. Le Kerry Way demande neuf jours, le Wicklow Way sept. Le Táin Way offre crêtes, forêts, vues sur la mer et une petite ville médiévale en un week-end, à une petite heure au nord de Dublin.
L'histoire derrière le nom
Le sentier doit son nom à la Táin Bó Cúailnge — la Razzia des vaches de Cooley — épopée centrale de la littérature irlandaise ancienne. En bref : la reine Medb de Connacht, par pure rivalité avec son époux, décide qu'elle doit posséder le Donn Cuailnge, le grand Taureau Brun de Cooley. Elle mène une armée vers l'est pour s'en emparer. Les hommes d'Ulster, terrassés par une antique malédiction, ne peuvent défendre la province.
Tous sauf un. Cú Chulainn, à peine plus qu'un enfant, invoque le droit au combat singulier et retient l'armée aux gués, un champion après l'autre, tout un long hiver. C'est un récit étrange, brutal et magnifique. Et il se déroule entièrement ici, sur cette péninsule que vous allez parcourir.
Nul besoin de connaître tout cela pour aimer le sentier. Mais cela change la marche. Ravensdale, Clermont, le col sous le Carn — ce ne sont pas des noms neutres sur une carte. Lire quelques pages de la Táin avant de venir reste la manière la plus économique d'enrichir cette randonnée.
L'itinéraire, étape par étape
De Carlingford à Ravensdale
On quitte Carlingford en montant, aussitôt et raide, sur le flanc nord du Slieve Foye (589 m), la montagne qui se penche sur la ville. Vingt minutes plus tard, les toits sont minuscules sous vos pieds, le Carlingford Lough s'ouvre vers le nord et les Mournes s'empilent sur la rive d'en face.
Le sentier traverse haut au-dessus du lough, puis oblique vers l'intérieur pour franchir le col de Clermont, sous le Clermont Carn et son antenne caractéristique. Il plonge ensuite dans les plantations de Ravensdale — conifères sombres, mousses, abri profond : un tout autre monde que le versant nu que vous venez de quitter. Ravensdale conclut naturellement la première journée.
De Ravensdale à Carlingford
Le deuxième jour est celui de la montagne. L'itinéraire remonte de Ravensdale et prend la crête entre Carnawaddy et Castle Mountain — l'échine des Cooleys, avec la baie de Dundalk déployée au sud et la péninsule qui s'effondre de part et d'autre. Par beau temps, c'est l'une des plus belles crêtes du Leinster. Par mauvais temps, elle est exposée, tourbeuse et sans échappatoire : vous préférerez alors une carte et une boussole à votre téléphone.
Le dernier acte est la descente des flancs sud du Slieve Foye vers Carlingford : longue, rocheuse, éprouvante pour les genoux — avec la ville, le château et le lough étalés sous vos yeux jusqu'au bout. C'est la plus belle arrivée de tous les courts sentiers du pays, et elle vous vaut votre dîner.
Le Táin Way est-il vraiment difficile ?
« Moderate » est la cotation officielle, et elle est juste — mais il faut la lire correctement. Quarante kilomètres, ce n'est pas long. Mille mètres de dénivelé concentrés sur ces quarante kilomètres, en grande partie sur un terrain de montagne rude, c'est une tout autre affaire.
Trois observations honnêtes, après de nombreux passages :
- Les sections de montagne sont de la vraie montagne. Le nuage tombe vite sur le Slieve Foye et la crête de Carnawaddy, et le balisage rend bien plus service par temps clair que dans la brume. Emportez une carte papier — et sachez vous en servir.
- Le terrain est humide. Nous sommes sur la côte est, pas sur la Wild Atlantic Way, mais les hauteurs restent tourbeuses. Des chaussures de montagne, pas des chaussures de trail.
- Il y a des portions goudronnées. Une évaluation nationale des waymarked ways menée en 2010 avait justement signalé les tronçons asphaltés du Táin Way. Des améliorations ont été apportées, mais vous marcherez encore sur de petites routes tranquilles. C'est le prix d'une boucle traversant un paysage habité.
Rien de tout cela ne doit vous décourager. Si vous êtes capable d'une longue journée de montagne dans le Wicklow, vous êtes capable du Táin Way.
Combien de temps prévoir ?
Deux jours constituent le découpage classique, avec une nuit à Ravensdale ou à Omeath. Cela fonctionne, mais impose deux grosses journées et ne laisse aucune marge pour la météo.
Trois jours valent mieux. Le Táin Way devient alors un véritable petit séjour : des étapes plus courtes, un après-midi libre à Carlingford, et assez de souplesse pour qu'une matinée pluvieuse ne gâche pas le voyage. La plupart de nos hôtes qui marchent ici prennent une semaine et associent la boucle aux Mournes, de l'autre côté du lough — et si vous venez de si loin, c'est discrètement ce que nous vous conseillerions.
La meilleure saison
De mai à septembre, comme presque partout en Irlande. Mai et juin offrent les plus longues soirées et le sol le plus sec ; septembre, la plus belle lumière et des sentiers déserts. Juillet et août sont superbes, mais Carlingford est une destination de week-end prisée : réservez tôt, surtout autour du festival de l'huître, en août.
En hiver, les sections basses restent praticables. La crête en décembre, avec quatre heures de jour utile et des nuages sur les sommets, est réservée aux montagnards expérimentés.
Carlingford : le plus beau point de départ d'Irlande
Rares sont les sentiers qui commencent et finissent dans un lieu où l'on a envie de s'attarder. Carlingford, si. Une véritable ville médiévale — le château du roi Jean au-dessus du port, la Monnaie, le Tholsel, des ruelles qu'on n'a pas élargies depuis huit cents ans — coincée entre une montagne et un bras de mer, dotée d'une scène gastronomique et de pubs bien au-delà de ce qu'un bourg de mille habitants peut prétendre.
Les huîtres sont élevées dans le lough qui s'étend devant vous. Au petit-déjeuner, les Mournes remplissent la fenêtre. Et lorsque vous achevez la descente du Slieve Foye, tout ce dont vous avez besoin se trouve à quatre cents mètres de l'endroit où le sentier vous dépose. Difficile de faire mieux.
Questions fréquentes
Táin Way et Táin Trail, est-ce la même chose ?
Oui. Les deux appellations circulent ; les guides et articles plus anciens parlent volontiers de « Táin Trail ». La dénomination officielle est Táin Way.
Faut-il parcourir toute la boucle ?
Pas du tout. La boucle du Slieve Foye au départ de Carlingford emprunte une partie du Táin Way et constitue une excellente journée de quatre à cinq heures — avec les plus beaux panoramas. Beaucoup de randonneurs découvrent le sentier ainsi.
Le balisage est-il fiable ?
Globalement oui : les petits randonneurs jaunes sont réguliers sur les sections forestières et routières. En montagne ouverte, notamment sur la crête de Carnawaddy, ils s'espacent nettement. Emportez la carte.
Peut-on s'y rendre sans voiture ?
Oui. Dundalk est sur la ligne ferroviaire Dublin–Belfast, et des bus rejoignent Carlingford en une demi-heure environ. Comme l'itinéraire est circulaire, vous terminez là où vous avez commencé : aucune logistique de transfert.
Quelle place occupe le Táin Way parmi les sentiers irlandais ?
Au rapport paysage/kilomètre parcouru, nous le plaçons tout en haut. À la notoriété : nulle part. C'est précisément cet écart qui nous plaît.
Parcourez le Táin Way avec nous
La péninsule de Cooley est notre terrain, et nos séjours en liberté y sont construits autour des plus belles étapes du Táin Way — y compris cette descente inoubliable des monts Cooley vers Carlingford.
Le séjour Cooley Peninsula de 5 jours (à partir de 645 €) vous en offre les temps forts en trois jours de marche. Le séjour Cooley Peninsula de 6 jours (à partir de 725 €) y ajoute deux boucles plus douces au départ de Carlingford, pour ne jamais être pressé. Et si vous voulez le tableau complet — les montagnes de Cú Chulainn d'un côté du lough, les Mournes de l'autre — le séjour Cooley & Mournes de 7 jours (à partir de 799 €) traverse l'eau et parcourt les deux.
Chaque séjour comprend des B&B choisis un à un, le transport quotidien des bagages, des descriptifs GPS et notre numéro de téléphone dans votre poche. Découvrez tous nos séjours Cooley & Mournes — ou venez simplement vous poster sur cette colline au-dessus de Carlingford, et voyez par vous-même.